Une soirée exceptionnelle

Le 28 novembre dernier la Grande Loge Régulière de Belgique a lancé officiellement la commémoration des trois cents ans de la naissance de la franc-maçonnerie moderne dans la salle Gran Eldorado de l’U.G.C. place de Brouckère. L’hémicycle comble réunissait des membres de notre Grande Loge, leur famille, des Sœurs et des Frères d’autres obédiences belges et étrangères et des non-maçons. Tous venaient assister à la projection en avant-première mondiale du film de Tristan Bourlard : « Terra Masonica : Around the world in 80 Lodges »[1]  Ce documentaire a été produit de manière totalement indépendante par la société de production Nexus factory et conçu hors des télévisions ou de toute institution privée. Il existe grâce à deux producteurs belges : Serge de Poucques et Sylvain Goldberg. Autre spécificité, Tristan Bourlard en qualité de réalisateur a choisi, selon une approche personnelle, de traiter la maçonnerie traditionnelle née en 1717. Dès lors, il n’inclut pas dans son œuvre d’autres formes de maçonneries apparues au XIXe siècle et au XXe siècle telles la maçonnerie mixte ou la maçonnerie féminine (ce qui n’ôte rien aux valeurs qu’elles véhiculent en elles-mêmes)

Cela précisé, en tant que spectateur je souhaite souligner cinq passages de ce documentaire qui m’ont fortement ému.

Le voyage débute en Écosse dans la petite cité de Kilwinning qui a le privilège d’héberger la Kilwinning Lodge number nothing. Les images nous montrent la réception d’un nouveau Vénérable Maître. Elle donne lieu dans le village à un cortège des Frères portant leurs décors et précédés de la fanfare locale. Ils défilent en rue sous les applaudissements de la population. Cette osmose entre les habitants et la Loge est très touchante car impensable dans les pays d’Europe continentale.

En Afrique nous découvrons une toute autre situation. Nous sommes au Mali pays malheureusement instable. L’équipe de tournage n’est prévenue qu’au dernier moment du lieu d’installation du nouveau Grand Maître. Elle s’y rend avec une escorte armée et l’endroit de la réunion est placé sous protection militaire. Dans ce contexte, l’entretien accordé par un responsable musulman de la Grande Loge du Mali est édifiant quant aux valeurs véhiculées par la franc-maçonnerie. Il explique que dans leurs Loges les Frères musulmans, chrétiens et animistes travaillent en paix et harmonie au perfectionnement de l’homme. Il insiste sur un point : la pratique de sa foi et de la méthodologie maçonnique loin d’une incompatibilité s’interpénètrent et s’enrichissent mutuellement. C’est une belle leçon de tolérance vraie dans un climat difficile.

Aux États-Unis, le réalisateur nous emmène, entre autres, à la rencontre d’un Officier de la Grande Loge Prince Hall de Géorgie (La maçonnerie de Prince Hall regroupe les Frères d’origine afro-américaine). Or, 8 États sur 50, dont la Géorgie, n’entretiennent pas de relations entre Loges blanches et afro-américaines. Humainement on pourrait admettre que l’interlocuteur de Tristan Bourlard en conçoit une certaine amertume. Tout au contraire, il nous parle d’espoir vers un avenir où tous les maçons Américains seront solidaires. Ce Frère pratique pleinement la vertu maçonnique d’acception de l’homme tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit. J’ai écouté ce sage avec respect et, je l’avoue, il m’a rendu fier d’appartenir à notre Ordre.

Partout les obédiences régulières ou non s’impliquent à l’amélioration du bien être humain par le biais d’œuvres philanthropiques. En Europe l’aide apportée aux couches défavorisées de la population est réalisée discrètement. Par contre en Inde, un des rares pays ou la maçonnerie est en expansion constante, le soutien aux démunis, essentiellement médical, a pignon sur rue. Nos Frères Indiens ne s’extériorisent pas par ostentation mais par nécessité dans ce grand pays où l’indigence est endémique.

Mon coup de cœur se situe en Norvège à Hammerfest petite ville portuaire la plus septentrionale d’Europe. En hiver la clarté du jour y est pratiquement inexistante. Nous y rencontrons un Frère dont le métier consiste à nettoyer des bureaux. Il évoque en toute franchise les embûches auxquelles il a été confronté dans son parcours maçonnique et de la ténacité dont il a fait preuve. C’est un homme de cœur. Dans ce coin de vie extrême, La Loge compte une vingtaine de Frères dont certains roulent une journée pour participer aux Tenues. Parmi eux le concept de fidélité fraternelle prend tout son sens ; ou plus est magnifié.

Enfin, tous les Frères interrogés lors de ce périple poursuivent le même but : créer des êtres plus fraternels, plus altruistes, plus responsables. C’est-à-dire des individus meilleurs au service de l’humanité entière.

En remerciant Tristan Bourlard pour son documentaire rigoureux et neutre de la réalité maçonnique, notre Très Respectable Grand Maître terminait son laïus en ces termes et ce sera notre conclusion : « Tout en préservant la nécessaire part de mystère propre à la franc-maçonnerie, il célèbre de façon interpellante les valeurs fondamentales de notre Ordre et illustre à quel point ces valeurs sont universelles profondément humaines, porteuses de sens et intemporelles. Elles sont aussi, et c’est une dimension marquante du film, parfaitement contemporaines dans le monde profane déchiré par les conflits et en quête de repères qui est le nôtre. À cet égard, le monde n’a pas changé par rapport à 1717 »

Pistis, maître maçon.

[1] Le film sera disponible en 2 DVD de 60’ au début de 2017.

Le silence

Dès le moment, lors de son initiation solennelle, où un profane est reconnu comme Frère, le Vénérable Maître lui donne un commandement surprenant : « Mon Frère, durant votre temps d’apprentissage vous serez astreint au silence en Loge ».

De prime abord cette obligation semble simple à honorer. Cependant au fil des réunions elle peut s’avérer contraignante pour certains Apprentis. Cette prescription mérite donc des éclaircissements.

En préliminaire distinguons le silence du mutisme. Ce dernier est une réticence pathologique d’un individu privé de la parole ou qui refuse d’en user. Dans le schéma symbolique le Silence est le prélude d’une ouverture à une révélation agissant telle un passage tandis que le Mutisme représente une fermeture à cette révélation ; soit par refus de la recevoir ou de la transmettre soit par « punition » de l’avoir brouillée dans le tapage des gestes et des passions.

Rappelons enfin que physiologiquement le silence est comparable à la brève rétention du souffle entre inspiration et expiration.

Comparable à cette rétention, le Silence véritable coïncide avec toute absence de tumulte ; étant bien établi que les compagnons les plus bruyants ne sont pas ceux, par exemple, de nos sorties entre amis. Nous évoquons ici certaines de nos pensées, des images que nous déifions, des dogmes que nous subissons et nos identifications multiples aux personnes et aux objets. Heureusement l’antidote existe. Si nous prenons conscience de nos contradictions, nous sommes en mesure de pénétrer cette zone de silence enfouie au plus profond de soi. En effet, chaque humain possède en lui un lieu de silence. Ne nous leurrons pourtant pas. Peu parmi nous l’atteignent tant nous aspirent l’éventail des distractions et par corollaire les soucis qui nous hantent. Aussi sans le recours à une pratique régulière du Silence, il est vain de prétendre se connaître en plénitude. Dans la Maçonnerie traditionnelle c’est ce que nous nommons viser l’approche de l’Absolu. Bien sûr, l’Absolu est inaccessible. Toutefois, grâce à des moments de méditation on perçoit que le Céleste n’est pas en dehors de nous mais se situe au fond de notre propre dimension de conscience. Si l’on accepte cet axiome ne pouvons-nous pas adhérer au principe que tout ce que l’on éprouve profondément requiert le Silence ? Pour preuve, l’indicible, tel le concept d’Amour défini au sein de la Franc-maçonnerie, ne saurait s’exprimer totalement par l’extériorisation.

Je citais à l’entame de ce focus l’exigence du silence imposé au Frère Apprenti. Terminons en énonçant qu’il faut des années de participation à la vie maçonnique pour comprendre que l’individu s’efface pour laisser au Silence toute son ampleur. D’ailleurs une des clés de notre progression au sein de l’Ordre se caractérise en ce que mon silence rejoigne le Silence.

 

Pistis, maître maçon.

Qui peut devenir Franc-maçon ?

Qui peut devenir Franc-maçon ?

            Si une Loge pratiquait un recrutement intensif, quel qu’en soit le motif, elle trahirait les principes et la méthodologie préconisés par l’Ordre. Cependant le principal objectif d’une Loge régulière et traditionnelle est la transmission initiatique.

            La juste interrogation est donc : Qui choisir ? Ou, en d’autres termes quels sont les critères de sélection ? Trois d’entre eux sont fondamentaux.

            Primo, la nécessité d’avoir la capacité intellectuelle suffisante pour décrypter les symboles que la Franc-maçonnerie propose à ses membres en tant que véhicules de ses préceptes immuables. Cette exigence est à la portée d’un grand nombre de personnes.

            Secundo, il convient de ressentit en soi le désir de se modifier et d’œuvrer à son propre perfectionnement. Cette volonté est l’apanage d’un nombre d’individus plus restreint.

            Tertio, concomitant au second point, toute modification comportementale, éthique et spirituelle ne se réalise que par une « re-découverte » de son être intérieur. Cette élaboration requiert des moments de méditation réguliers. La difficulté réside en ce que méditer est un effort d’analyse sur des données « fugitives » que fournit notre conscience. Dans le cadre de la Maçonnerie spéculative il s’appréhende par la pratique du Silence*. À cette nécessité il n’y a que nous-même pour répondre.

            Évidemment ces trois qualités primordiales ne sont pas présentes en l’état chez aucun candidat avant qu’il n’entame le long cheminement initiatique. Nonobstant elles existent virtuellement en tout homme qui ressent le besoin de se dépasser.

            À la Loge, en tant que les Frères qui la composent, incombe la double responsabilité de repérer ces potentialités chez un profane et d’estimer s’il peut entamer avec fruit le parcours symbolique aux trois degrés d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

            « Avec fruit » signifie que l’épanouissement et la fidélisation d’un nouvel initié dépendra de la dynamique développée par l’Atelier qui l’accueille. C’est-à-dire, en vrac, la responsabilité des « parrains » du candidat, l’approche minutieuse de la part des Frères chargés d’étudier la candidature le sérieux des séminaires au sein de la Loge et surtout la disponibilité d’écoute des Frères chevronnés vis-à-vis de leurs cadets.

            Quant au néophyte, en contrepartie, il doit garder à l’esprit que devenir Franc-maçon, au-delà de son niveau intellectuel et de sa place dans la société, demande une ouverture de cœur ancrée en soi, un esprit toujours en éveil et la certitude inébranlable de vouloir Servir.

Pistis, maître maçon.

*Le Silence sera le thème du prochain focus.

 

LA PHILANTHROPIE.

LA PHILANTHROPIE.

Pour les Francs-Maçons la philanthropie est un des piliers importants des objectifs poursuivis par l’Ordre. Cette générosité désintéressée ayant pour but l’amélioration de la vie de personnes fragilisées est axée à la Grande Loge Régulière de Belgique en deux pôles distincts. Il s’agit d’une action triennale sous forme d’un gala de bienfaisance et d’une action permanente « Hôpital Assistance Belgique ».

Tous les trois ans, depuis 1992, le gala de bienfaisance fédère les Frères de l’Obédience autour de projets communs donnant ainsi plus de poids financier en faveur des œuvres soutenues par la Grande Loge. Elles sont orientées à l’aide aux enfants placés en institutions. Les bénéficiaires sont choisis selon des critères objectifs, soigneusement évalués, de transparence et de gestion. Les dons récoltés parmi nos membres et nos Loges via les Frères Hospitaliers sont divisés en trois parts égales distribuées à une association située en région bruxelloise, une en Flandre et une en Wallonie.

Quant à l’ASBL «  Hôpital Assistance Belgique » elle a pour but social d’offrir à tous les organismes hospitaliers, sanitaires ou dispensaires répartis dans le monde, qui en sont dépourvus, tous les types de matériel médical et paramédical dont le manque rejaillit sur la santé des habitants et plus particulièrement des enfants. L’ASBL reçoit du matériel principalement à titre gracieux, le remet en état en cas de besoin, le rassemble et en assure le transport au lieu de sa nouvelle affectation. Il contribue donc à l’amélioration des soins dispensés.

À titre d’exemples, cette année «  Hôpital Assistance Belgique » a répondu à deux demandes pressantes : Via le « Fonds Saint Vladimir » organisation de bienfaisance de la Grande Loge d’Ukraine le 15 avril dernier l’ASBL a envoyé un camion chargé à ras bord de lits d’hôpitaux modernes et de matériels divers à l’hôpital « Yuri Lupe » de Lviv. Ce centre hospitalier prend en charge des blessés tant civils que militaires en provenance de l’est de l’Ukraine. Ensuite, en juin, un semi-remorque a pris livraison de 9 lits, 17 matelas, tables de nuit et autant de fauteuils offerts par la résidence Sainte-Anne à Dinant. Tout ce matériel a été convoyé à Nouadhinou en Mauritanie.

Parallèlement à ces activités obédientielles, certaines Loges soutiennent ponctuellement ou de façon récurrente diverses œuvres choisies en toute autonomie par elles.

Car, comme l’exprime un de nos anciens Grands Maîtres et je le cite : «  La philanthropie est bien plus que de la compassion, elle est une de nos plus belles vertus opératives réellement au cœur de nos valeurs maçonniques ».

Pistis, maître maçon.

 

LE SOUTIEN DES RITUELS EN FRANC-MAÇONNERIE. (2e partie)

LE SOUTIEN DES RITUELS EN FRANC-MAÇONNERIE.   (2e partie)

Dans la première partie de cet article nous exprimions que l’on n’obtient pas quelque chose pour rien. C’est une évidence car tout humain se sent un par le nom qui l’identifie et par son expérience du  « je » et du « moi » dont il ne cesse de faire usage. Il est donc conscient de sa multiplicité en ce sens qu’il se sait multiple en ses aspirations.  Par contre, nombre d’entre nous ne réalisent pas (ou confusément) qu’il y a enfoui en un coin de notre  « soi » une nostalgie du perfectionnement intérieur.

La pratique répétitive des rituels permet au Frère qui en a la volonté de s’unifier en s’acheminant progressivement vers une globalisation des facettes de sa personnalité. Il réalise alors une victoire sur soi-même dont le résultat sera la conquête de l’autonomie véritable ; clé d’accession à un état, que faute de terme explicite, nous pourrions qualifier de « supra conscience ».

Il faut, toutefois, garder à l’esprit que la compréhension d’un symbole demeure invariablement une approche personnelle. De fait, le symbole ne porte pas un sens immuable d’individu à individu car seule l’expérience vécue au plus profond de nous en éclaire notre vision. Comme l’a écrit le Très Illustre Frère Raoul Berteaux ; je cite : C’est pourquoi les symboles universels n’ont de sens que ceux que la personnalité est capable de découvrir[1]

Ainsi chaque Franc-maçon peut développer une formation qui lui est propre et privilégier des enseignements découlant de son présent continu [c’est-à-dire les liens entre son passé, son ici-maintenant et les synthèses qu’il en tire pour influer son avenir]. Dans cette optique les rituels ne se limitent pas à une explication symbolique générale mais se caractérisent par des mécanismes interactifs des symboles. Le Frère se référera instinctivement au « mécanisme » le plus proche de son vécu et de sa sensibilité y puisant une aide pour appréhender de nouvelles données allégoriques et emblématiques afin de maîtriser au mieux la méthodologie maçonnique avançant pas à pas et  aussi, à certaines étapes de sa progression,  en dents de scie dans sa voie spirituelle.

 

Pistis, maître maçon.

[1] Raoul Berteaux < La voie symbolique <Lauzeray Intrnational, Paris 1978.

LE SOUTIEN DES RITUELS EN FRANC-MAÇONNERIE

LE SOUTIEN DES RITUELS EN FRANC-MAÇONNERIE  (1e partie)

             Dès sa fondation en 1979, la Grande Loge Régulière de Belgique décida d’admettre la pluralité des rites en son sein. En 2015, elle pratique 10 rites. Un internaute attentif pourrait s’étonner que la Franc-maçonnerie de Tradition qui se proclame universelle propose à ses membres une telle diversité au lieu d’employer des rituels identiques pour tous. La réponse va de soi : cette hétérogénéité permet à chaque Frère de s’engager dans la voie correspondant le mieux à ses aspirations et subséquemment à ses limites de compréhension.

Mais qu’est-ce donc qu’un « rite » et à quoi sert-il ? Dans la Franc-maçonnerie symbolique, tout rite est une structure hiérarchique subdivisée en 3 degrés : Apprenti, Compagnon et Maître. Chacun s’appuie sur un rituel d’initiation lequel détaille l’acte cérémoniel. Acte qui se présente en un ensemble de symboles vécus, réglés et mis en scène selon une forme définie.

Les rituels ont donc pour but de placer le candidat dans une atmosphère (initiatique) interpellant l’imagination, les sentiments et l’intellect. Ils requièrent ainsi une adhésion effective car un rituel ne peut être compris, puis plus tard assimilé, sans la volonté de percer l’esprit qui y préside. Cet esprit n’est autre chose que l’état de conscience qu’il met en œuvre. Le rituel est bel et bien une méthodologie tendant d’évoluer notre image plus ou moins égocentrique vers « l’homme universel ». Fabulations selon certains sceptiques … ? Pourtant nous avons tous connu en rêve des états de conscience laissant une ineffable impression de beauté (ou d’horreur) sans égal dans la vie éveillée. Donc, chacun est potentiellement en mesure de connaître des moments d’intuitions intenses ; c’est-à-dire des images complexes perçues en quelques secondes.

Or, l’appui du rituel inlassablement répété et vécu au fil des ans vise à transformer ces moments fugaces en un ressenti permanent car l’initiation nous fait quitter la foule (où l’on est toujours solitaire) et engendre une prise de conscience aiguë de notre vécu. Évidemment rituels et but(s) sont étroitement liés. Par exemple un des buts de l’Ordre est de créer une fraternité de personnes aptes à comprendre ce concept apparemment évident – on n’obtient pas quelque chose pour rien –  Ce qui dans une perspective maçonnique se traduit par la connaissance sans l’étude et la spiritualité sans le savoir.

 

Pistis, maître maçon.

L’ESPRIT DE FRATERNITÉ

L’ESPRIT DE FRATERNITÉ.

Depuis le début du processus d’intégration au sein d’une Loge et durant la majeure partie de la cérémonie d’initiation le candidat est appelé « monsieur ». Lorsque l’impétrant a pris ses obligations la formule de politesse est remplacée par la qualité de « Frère » créant instantanément une relation de confiance qui se concrétise pleinement à la fin de la réunion au moment de l’accueil. Chaque participant nomme le néophyte « Frère » et ce dernier s’exprime de même. Il en résulte un esprit de franchise réciproque dans la droite ligne des Constitutions d’Anderson de 1723 ; texte régulateur de la Franc-maçonnerie moderne ou spéculative[1].

Cet extrait, en note de l’article 1er  des Constitutions, contient implicitement le ciment fraternel grâce auquel l’Ordre a réussi à surmonter les (r)évolutions sociales, économiques et politiques qui ont jalonné ses trois siècles d’existence (qui seront célébrés en 2017).

En Franc-maçonnerie où chacun adhère de sa propre volonté et où nul n’est attendu ni désiré tout Frère recevra en retour de ce qu’il donnera, comprendra ce qu’il voudra bien écouter et ce qu’il voudra bien voir. Pour l’aider dans cette démarche, le principal outil à sa disposition est l’esprit de fraternité qui se subdivise selon trois niveaux. Le premier est le devoir d’assistance mutuelle entre les Frères. Néanmoins que l’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit en aucun cas de fricotage ou de droits prébendiers. Les deux autres niveaux sont interdépendants. Pour les Maçons de tradition c’est l’observance collective des règles immuables de l’Ordre énoncées par les pères fondateurs d’une part et d’autre part le travail permanent sur eux-mêmes des Frères en leur souci de progression initiatique.

La fraternité se concrétise donc, dans un premier temps,  par un lien de grande estime mutuelle entre les membres d’une Loge réalisant une recherche spirituelle simultanément commune au groupe et individuelle en fonction des attentes propres à chacun.

Telle est la perception fraternelle unissant nombre de Frères. État, soulignons-le, déjà sans commune mesure comparé aux relations sociétales courantes. Évidemment suivant les sentiments irrationnels qui régissent les courants naturels d’empathie, il s’établit peu à peu parmi des Frères des liens affectifs privilégiés. Ceux-ci forgeront un concept de fraternité exceptionnel : la fraternité de cœur.

Pistis, maître maçon.

[1]  I De Dieu et la Religion (fin de l’article)

…c’est-à-dire d’être Hommes de bien et loyaux ou Hommes d’Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Confessions qui aident à les distinguer ; par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le Moyen de nouer une Amitié sincère entre des Personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement Étrangères.

LE SECRET DES FRANCS-MAÇONS

Outre la sempiternelle fable historique du complot judéo-maçonnique, les adversaires avérés de la Franc-maçonnerie lui reprochent  de préserver un prétendu secret évidemment inavouable.

Qu’en est-il en réalité ?

Lors de la cérémonie d’initiation  le profane prononce les obligations qui le consacrent Apprenti maçon. Elles contiennent le serment de ne rien divulguer de ce qu’il verra ou entendra en Loge sans en avoir reçu la permission expresse. Cette promesse sous-entend un devoir de réserve : Un Maçon peut faire état de son appartenance à l’Ordre à qui il le souhaite mais ne cite jamais le nom d’un autre Frère (sauf autorisation expresse de celui-ci). Cette discrétion absolue se justifie, entre autres, par la neutralité philosophique inhérente à certains métiers.

Quid alors du « fameux » secret ?

Il existe bel et bien mais sa nature est très différente de l’idée que s’en fait le public. Une Loge dispense des préceptes induisant à la connaissance réelle de soi par une juxtaposition de symboles, de signes, d’emblèmes et de paroles dont les significations transcendantales ne s’appréhendent que par une compréhension  progressive de celles-ci par chaque Frère. En effet, les rituels agissent par projections dans le sens psychologique de ce terme. Avec leurs supports, un Maçon s’enrichit de dispositions mentales s’appuyant simultanément sur l’intellect et l’affect qui lui sont propres. Ces combinaisons pénètreront peu à peu au plus profond de son être le modifiant en son intérieur spirituel.

En ces paramètres, il existe un « secret maçonnique » personnel à tout Maçon de Tradition et partant incommunicable ou plutôt incommutable[1]

C’est dans cette optique uniquement que la Franc-maçonnerie de discrète en son extériorité (ex : ce site internet) devient secrète en chacun de ses membres. Membre qui est toutefois intégrant des liens unissant les Frères d’une Loge car le travail effectué sur soi-même par les uns et les autres engendrent le respect et l’enrichissement spirituel réciproques.

 

Pistis, maître maçon.

 

 

[1] Qui ne peut changer de possesseur.

Les symboles en Franc-maçonnerie.

Les symboles en Franc-maçonnerie.

            Il n’existe de vérité absolue et encore sujette à révision que dans les sciences exactes. La Franc-maçonnerie par contre est un système logique, une construction de l’esprit qui ne peut survivre qu’en fonction d’une affirmation de base indémontrable et indémontrée. En exemples, l’affirmation du concept d’Être Suprême dénommé Grand Architecte de l’Univers ou la laïcité. La première hypothèse est professée par la G.L.R.B. et les Loges qu’elle fédère. Chacune d’entre elles est composée de personnes issues d’horizons différents. Cette diversification entre les membres est le substrat, le fondement de notre Ordre. L’article 1er  des Constitutions d’Anderson de 1723 le souligne clairement : « … par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le Moyen de nouer une amitié entre des personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères ».

Dans cette optique les Frères s’expriment par l’usage d’un langage universel : les symboles. La majeure partie d’entre eux sont empruntés au glossaire de termes des métiers de la construction. Le plus connu du grand public est le Compas et l’Équerre superposés.

Toutefois les symboles utilisés par les francs-maçons n’ont de pertinence que par les fonctions qu’ils représentent. Ces fonctions sont au nombre de trois :

  • Comme énoncé ci-dessus ils ont une fonction égalitaire par le passage de langages particuliers à un langage universel.
  • Ils ont une fonction projective, c’est-à-dire projeter un état, une perception, un sentiment hors de soi, car la signification de chaque symbole est sa propre image permettant une transformation ponctuelle tout en demeurant invariant.
  • Ils ont une fonction éducative. C’est l’élément le plus important puisque à force d’observations, les symboles agissent sur le subconscient et le conscient de ceux qui les étudient.

En d’autres termes, les symboles aident à l’évolution et au perfectionnement de l’individu franc-maçon et simultanément chaque individualité participe par la dynamique d’inter-échange à la progression du groupe composant un Atelier maçonnique.

 

Pistis, maître maçon.

Le langage des Maçons

Le langage des Maçons (2)

Chronique bimestrielle

Le langage des Maçons (suite)

Cette rubrique veut démontrer que les Maçons ne se cachent pas derrière les mots.

 Qu’est-ce qu’on appelle « décors »?

Dans le monde profane, le terme « décor » mène tout naturellement au théâtre; les décors, ce sont les éléments matériels qui meublent un plateau (espace vide) pour en faire une scène (espace garni de tous ses accessoires, prêt pour une représentation), qui comporte par exemple des panneaux représentant les « murs » d’un intérieur, avec des portes, des fenêtres, des escaliers, etc… praticables ou non (1), de même que des meubles (sièges, tables, armoires…), de la vaisselle, des bibelots, des tableaux… Dans l’ensemble, une fausse réalité, perçue et acceptée par les spectateurs comme une convention indispensable au déroulement du spectacle (2).

Bien que tout rituel maçonnique possède un caractère théâtral plus ou moins affirmé selon les cas, le terme « décor » définit, en Maçonnerie, tout autre chose que dans le théâtre; on utilise d’ailleurs toujours le pluriel, « les décors », et non le singulier.

Tout comme au théâtre d’ailleurs, et de manière tout aussi conventionnelle, les Maçons utilisent une tenue appropriée à leurs activités: d’abord, et avant tout, un costume noir ou foncé, avec une chemise blanche, une cravate noire ou maçonnique (c’est-à-dire ornée de symboles maçonniques, comme l’équerre et le compas), des chaussettes et des souliers noirs; cette tenue permet, en Loge, l’uniformité nécessaire à l’harmonie, en dehors de toute fantaisie individuelle ou tentation de se faire remarquer.

Sur cette tenue uniformisée, le Maçon porte ses « décors », qui ne sont autres que des accessoires vestimentaires maçonniques. Ces décors comprennent toujours, sauf dans des grades et degrés ultérieurs dont nous ne parlerons pas ici, un tablier, des gants blancs, et un « bijou » de Loge.

Le tablier représente symboliquement le travail. Sur les chantiers anciens, et sans doute encore chez certains maréchaux-ferrants et forgerons (voire dans l’uniforme de parade des sapeurs de la Légion Etrangère…), cet accessoire, en cuir, protège le travailleur manuel; en Maçonnerie, basée sur l’histoire symbolique de la (re)construction du Temple de Salomon, il s’agit donc d’un rappel de ce travail, qui incitera le Maçon à ne jamais oublier que sa tâche est de se (re)construire lui-même comme d’autres ont (reconstruit) le Temple…

Les gants blancs sont le symbole de la pureté qui doit accompagner le Maçon dans ses pensées et ses actes; c’est en tout cas le but vers lequel il doit tendre…

Ce que l’on appelle « bijou » de Loge est, la plupart du temps, une médaille suspendue à un ruban; la médaille est constituée d’éléments qui rappellent le nom de la Loge, souvent associés à des symboles maçonniques; le ruban est aux couleurs de la Loge, parfois d’une, parfois de plusieurs couleurs.

En dehors de ces éléments de base, portés par tous, d’autres « décors » existent, et principalement le « sautoir » porté par ceux qui remplissent une fonction exécutive ou administrative dans la Loge; à ce sautoir, en fait un large ruban aux couleurs de la Loge porté autour du cou et descendant sur la poitrine, est suspendu un autre « bijou », qui représente la fonction occupée par le porteur, par exemple une équerre pour le Vénérable Maître (le Président de la Loge), deux plumes croisées pour le Secrétaire, etc…

 

Pour terminer notre chronique…

Un des buts de la Maçonnerie est de créer une ambiance de réflexion.

Les Rites, et les coutumes de nombreuses Loges, prévoient de livrer une pensée à l’ensemble des Frères présents au moment de la fermeture des Travaux. Cette pensée leur servira de viatique jusqu’à la réunion suivante.

Nous faisons de même ici à chaque parution…

 

« Que l’importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée » (André Gide)                                                                                  

Erès, Maître Maçon

 

Pour replacer cette réflexion dans le contexte, voir, sur le site, la rubrique « En finir avec certaines idées fausses », dans le chapitre « La Franc-Maçonnerie… », à partir de la page d’accueil.

(1) Un élément « praticable » est un élément fonctionnel: une porte ou une fenêtre qui s’ouvre, un escalier que l’on peut monter ou descendre…; il existe des fausses fenêtres (qui ne s’ouvrent pas), et des escaliers qu’il ne serait pas prudent d’emprunter mais qui donnent du caractère au… décor…

(2) Il est tout a fait acceptable de représenter sur scène, de manière plus ou moins réaliste, un paysage « extérieur », comme par exemple une petite place avec une maison garnie du fameux balcon), la cour d’un couvent, avec un arbre, élément indispensable.

Pourquoi « Grande Loge Régulière »?

Pourquoi « Grande Loge Régulière »?

Commençons par commenter l’expression « Grande Loge« . 

L’immense majorité des Obédiences maçonniques, à travers le monde, utilisent, dans toutes les langues, la dénomination « Grande Loge » ou « Grand Orient ». Si les deux appellations sont équivalentes, leur origine est différente.

Grande Loge.

 Les Maçons se groupent en Loge, et doivent être au minimum sept pour la constituer; les Loges se groupent en Obédiences, et doivent être au minimum trois pour la créer. Dès lors, une Obédience régulièrement constituée peut prendre le titre de « Grande Loge ».

Grand Orient.

Chaque Loge est située à un endroit géographique appelé « Orient » (exemple: la Loge « L’Union » à l’Orient de Bruxelles, Bruxelles étant ici le lieu géographique où se réunit la Loge). Dès lors, on peut appeler « Grand Orient » le lieu de résidence administrative de l’Obédience, le plus souvent une capitale.

Les dénominations « Grand Orient » et « Grande Loge » n’indiquent nullement le contenu philosophique de l’Obédience; elles sont donc interchangeables, mais il est courant que, lorsque les deux types  d’appellations coexistent dans un même pays, leur contenu philosophique soit différent.

Et comme le Grand Orient est, en Belgique, la première Obédience a avoir été créée, les Obédiences suivantes ont utilisé l’expression « Grande Loge », seule (Grande Loge) ou associée à une qualification supplémentaire (Grande Loge Féminine, Grande Loge Régulière, etc…).

Nous traiterons ultérieurement de la qualification de « Régulière« .

Note: certaines Obédiences, comme l’Ordre Maçonnique International « Le Droit Humain », dont il existe  une Fédération Belge, ont opté pour un autre système de dénomination.

(Signature) Erès, Maître Maçon

Et pour terminer:

– A la fin de notre vie, celui que nous serons devenu devra rendre des comptes à celui que nous aurions pu être. (Anonyme)

Pour replacer dans le contexte, voir, sur le site, la rubrique « La Grande Loge Régulière de Belgique », dans le chapitre « La Franc-Maçonnerie… » à partir de la page d’accueil

Le langage des Maçons (1)

Le langage des Maçons : Cette rubrique veut démontrer que les Maçons ne se cachent pas derrière les mots.

Qu’est-ce qu’un Profane?

Pour les Francs-Maçons, tous ceux qui ne sont pas membres de l’Ordre sont regroupés sous le terme « profanes ».

Ce mot possède plusieurs sens, interprétations et définitions, et désigne notamment ceux qui ne sont pas instruits des spécificités d’un domaine quelconque.

Ainsi par exemple, en tant que profane, l’auteur de ces lignes ne connaît rien à la physique moléculaire…

Pour les Maçons, le mot « profane » n’est donc en rien réducteur ou méprisant: à leurs yeux, en effet, chaque Profane n’est autre qu’un Maçon potentiel…

Voici d’ailleurs une invitation aux Profanes, publiée en 1737 par le Frère Ricault:

« Pour le Profane, un Franc-Maçon
Sera toujours un vrai problème
Qu’il ne pourra résoudre à fond
Qu’en devenant Maçon lui-même » 

Ce sont des vers de mirliton et, comme le dit Alceste à Oronte au premier acte du Misanthrope, « la rime n’est pas riche et le style en est vieux…« , mais l’invitation est sincère!

Pour terminer notre chronique…

Un des buts de la Maçonnerie est de créer une ambiance de réflexion. Les Rites, et les coutumes de nombreuses Loges, prévoient de livrer une pensée à l’ensemble des Frères présents au moment de la fermeture des Travaux. Cette pensée leur servira de viatique jusqu’à la réunion suivante.

Nous ferons de même ici à chaque parution…

« Je ne souviens que d’un mur immense. Mais nous étions ensemble; ensemble, nous l’avons franchi. Souviens-toi. »
(Jean-Jacques Goldman, Ensemble, Album « Chansons pour les pieds »)                                                                                             

Pour replacer cette réflexion dans le contexte, voir, sur le site, la rubrique « En finir avec certaines idées fausses », dans le chapitre « La Franc-Maçonnerie… », à partir de la page d’accueil.

Erès, Maître Maçon