L’objet de cette semaine est un manuscrit très rare des « Anciennes Règles », reproduction de James Haddon, réalisée à la fin du XIXe siècle sur parchemin. Le document mesure 16 cm sur 210 cm. Il s’agit de la seule reproduction connue du manuscrit de Haddon en format complet sur parchemin. Les historiens du franc-maçonnerie qui travaillent sur le thème des « Anciennes Règles » se réfèrent à cette copie. L’original des Règles appartient à la Grande Loge d’Angleterre et se trouve dans son musée à Londres.
On pense que cette version des Règles est une copie légèrement modernisée d’un autre manuscrit, celui du colonel Clerke, trouvé en 1894 et daté de 1686. Le manuscrit Colonel Clerke’s établit un lien entre la « Vénérable Société des francs-maçons de la ville de Londres » (Worshipful Society of the Free-Masons of the City of London) et les loges des maçons spéculatifs. C’est-à-dire avec la forme actuelle de la franc-maçonnerie.
Ce manuscrit expose les constitutions maçonniques médiévales, rassemblées en 1723, qui fournissent le contexte historique des principes maçonniques fondamentaux.
Il est intéressant de noter que le manuscrit comporte un blason avec la devise « Dieu et Mon Droit », qui signifie « Dieu et mon droit ». Il s’agit de la devise de la monarchie britannique, utilisée depuis le début du XVe siècle et symbolisant la divinité du pouvoir royal. De plus, cette devise figure encore aujourd’hui sur les armoiries royales de Grande-Bretagne. Ce fait témoigne de l’attitude loyale de la franc-maçonnerie envers la monarchie et le christianisme et peut même être interprété comme une preuve de la nature conservatrice de la franc-maçonnerie régulière, de son lien étroit avec les valeurs bibliques fondamentales et les nobles principes spirituels, réfutant ainsi complètement la théorie du complot moderne selon laquelle les francs-maçons seraient les instigateurs de révolutions sanglantes et les ennemis des religions.
Mais que sont les « Anciennes Règles » et quelle est leur importance dans la franc-maçonnerie ? Par essence, les « Anciennes Règles » sont un ensemble de documents sur lesquels reposent de nombreux principes maçonniques. Il s’agit d’un recueil de statuts et de documents des guildes de maçons opérationnels, composé d’environ 130 textes et datant de la fin du XIVe siècle au début du XVIIIe siècle. Il est également important de noter que les textes des « Anciennes Règles » ont été rédigés en Angleterre, où la première Grande Loge a ensuite été fondée en 1717.
Les « Règles anciennes » sont également connues sous les noms suivants : « Constitutions anciennes », « Manuscrits gothiques », « Registres anciens », etc. Le document le plus ancien, daté de 1390 par les historiens, retrace l’histoire du métier de maçon et ses principales responsabilités, et donne des conseils moraux et éthiques.
C’est dans les textes des « Anciennes Règles » que l’on trouve pour la première fois les rudiments qui sont aujourd’hui étroitement associés à la franc-maçonnerie, par exemple le système de mots de passe secrets et de poignées de main. Mais les manuscrits contiennent également les principes spirituels des anciennes guildes. Ainsi, les principales exigences étaient la croyance en la Trinité et la loyauté envers la monarchie.
Il est important de noter que les « Anciennes Règles » contiennent également une description de la structure des loges opérationnelles et des rituels d’initiation dans les guildes de constructeurs. De plus, les « Anciennes Règles » décrivent l’histoire légendaire de la franc-maçonnerie, qui remonte au roi Salomon, ainsi que les rituels d’initiation aux degrés d’apprenti et de maître. Les « Anciennes Règles » contiennent également les serments des constructeurs médiévaux et les premières mentions des « maçons libres », des constructeurs ayant le droit de se déplacer librement et n’étant pas liés aux seigneurs féodaux locaux.
Grâce à cette histoire mythologique reliant les guildes de constructeurs à la Grèce antique et à l’Égypte, ainsi qu’à des rituels raffinés à la profonde signification morale et spirituelle, les loges de maçons ont progressivement attiré des personnes qui n’étaient pas des constructeurs professionnels, mais qui cherchaient des moyens de s’épanouir spirituellement. C’est précisément dans les « Anciennes Règles » que les maçons dits spéculatifs ont trouvé un système ancien et profond de connaissances et d’éthique, caché sous une aura de mystère et permettant de réunir des personnes aux opinions politiques et religieuses différentes.
C’est ainsi qu’au cours des XVIe et XVIIe siècles, la franc-maçonnerie moderne a vu le jour, synthétisant au fil du temps les traditions du Moyen Âge et les idéaux humanistes du siècle des Lumières. À la suite de ce processus, en 1723, James Anderson a publié les règles actualisées de la franc-maçonnerie moderne, les « Constitutions », qui s’appuient sur les « Anciennes Règles » et les complètent par les idées des Lumières : tolérance religieuse, fraternité et liberté.
Ainsi, les « Anciennes Règles » peuvent être considérées comme l’un des prototypes de la franc-maçonnerie moderne, contenant les anciens prototypes des rituels, des degrés et même des idées éthiques fondamentales de la philosophie maçonnique actuels. Cependant, il convient de souligner que les documents qui composent les « Anciennes Règles » se réfèrent précisément aux guildes professionnelles et non aux francs-maçons modernes. De plus, les « Anciennes Règles » ont souvent été mythifiées dans le milieu maçonnique, notamment en raison de l’ancienneté de la confrérie, ce qui est assez typique des philosophes du XVIIIe siècle qui cherchaient les racines de la philosophie des Lumières dans l’Antiquité.